Les salaires minimums sont une cause de chômage

par Richard Martin

La province de l’Ontario a commencé son expérience économique et sociale le 1er janvier 2018 avec la mise en effet de son nouveau salaire minimum, qui est passé de 11,60$/h à 14,00$/h. Il s’agit d’une augmentation d’environ 20% sans augmentation concomitante de la productivité des employés au salaire minimum.

Il y a déjà des PME ontariennes qui ont dû apporter des changements drastiques à leurs politiques d’embauche, de rémunération et d’emploi. Tout ceci était complètement prévisible. Une loi de base de l’économie dit que, toute autres choses étant égales, une augmentation du prix de la main d’oeuvre d’une certaine catégorie entraine nécessairement une baisse de l’emploi total de cette même catégorie. La raison est logique et très simple. Le salaire, qu’il soit un taux horaire minimum ou fixé sur le marché libre, est le prix du travail. Si le prix d’un bien ou service augmente sans qu’il y ait changement dans les autres facteurs pertinents, la demande pour ce bien va nécessairement fléchir. Nous reconnaissons tous cette réalité quand il s’agit de denrées matérielles et tout autre bien ou service transigé sur le libre marché. Pourquoi alors croire que ce serait différent dans le cas du salaire minimum?

Voici une prédiction. L’augmentation statutaire du salaire minimum (que ce soit en Ontario ou ailleurs) n’aura pas d’effet positif sur la pauvreté, l’inégalité ou la position relative des travailleurs à faible revenu. Il pourrait même probablement avoir des effets néfastes et pervers. La grande majorité des individus qui reçoivent le salaire minimum pour leur travail sont des jeunes, soit dans la catégorie des 15 à 24 ans selon les données de Statistique Canada. En effet, en 2015, environ deux tiers des hommes gagnant moins de 15 000$ par an au Canada (approximation des individus au salaire minimum) étaient dans cette catégorie d’âge. Chez les femmes, la proportion est encore plus grande, soit de 75%. Je ne connais pas les raisons de cette disparité entre hommes et femmes. Par contre, il est évident qu’il y a une nette tendance à l’emploi au salaire minimum pour les jeunes.

Pourquoi est-ce que ces jeunes ne gagnent que le salaire minimum? La question vaut la peine d’être posée. Est-ce parce que les méchants capitalistes les exploitent? Peut-être, mais je pense que cette croyance est assez improbable. Je ne nie pas qu’il y ait des employeurs qui veulent à tout prix exploiter les jeunes, mais ils sont plutôt rare de nos jours au Québec. Non, je pense que la vraie raison est bien simple : Les jeunes arrivent sur le marché du travail avec peu de compétences. Ils doivent être formés et encadrés de près par les superviseurs, ce qui occasionne des coûts d’opportunité (de renoncement) pour ces derniers. Le temps passé à montrer à un jeune de 16 ans à opérer une caisse enregistreuse ou une pompe à essence ne peut être passé à faire quelque chose d’autre de plus productif. Par ailleurs, le manque relatif de disponibilité des jeunes pour le travail à temps plein augmente les coûts généraux de la main-d’oeuvre, surtout au sein des PME.

Certaines personnes pourraient contrer que les PME ne sont pas les seuls à employer les jeunes et d’autres employés possédant peu de compétences recherchés sur le marché du travail, autres que les compétences de base (alphabétisation, savoir vivre, assiduité, arithmétique simple, etc.). C’est vrai. Les cabinets d’avocat, de médecin, de notaire et d’ingénieurs sont tous des PME. Ils doivent payer des salaires concurrentiels pour attirer la main-d’oeuvre performante. Mais les travailleurs qu’il emploient ont suffisamment de productivité pour récupérer l’investissement. En d’autres mots, leur productivité marginale dépasse le coût marginal qu’ils occasionnent pour l’employeur. L’équation fait du sens. C’est encore plus vrai pour des PME spécialisées qui doivent attirer et garder des employés possédant des compétences hautement recherchées. Par exemple, une petite entreprise de technologie informatique se doit d’embaucher des travailleurs qui sont suffisamment productifs et connaissants pour servir la clientèle correctement. Leur travail possède plus de valeur intrinsèque que le travail d’individus à compétences génériques ou basses, comme les jeunes et, parfois, des immigrants, des personnes peu éduquées et des gens qui réintègrent le marché du travail après une absence prolongée (p. ex., des femmes au foyer qui ont élevée leur famille et qui cherchent maintenant un emploi rémunéré).

Si tout ceci reste vrai pour certaines PME, la grande majorité de celles-ci sont en fait des TTE (‘tite ‘tite entreprise). Le dépanneur du coin, la station-service, le boucher, le déneigeur, le nettoyeur, etc. La majorité de ces entreprises appartiennent à des particuliers, soit indépendamment ou sous forme de franchise. Les propriétaires des TTE sont plutôt des travailleurs autonomes qui sont aidés par des membres de leur famille ou des employés peu qualifiés que des entrepreneurs qui bâtissent des entreprises à croissance. Il n’est donc pas étonnant qu’ils soient rémunérés à des niveaux correspondants à leur faible productivité.

Revenons donc à la question du salaire minimum. Chaque fois que l’état intervient dans le libre marché de l’emploi pour rehausser le salaire minimum, il crée inévitablement un plafond correspondant dans l’emploi. Les employeurs n’ont pas des options illimitées pour absorber cette augmentation de coûts. Ils peuvent réduire les heures réservées aux travailleurs (et donc les heures d’ouverture de leur entreprise), augmenter leurs propres heures de travail (ce qui crée des coûts de renoncement : des tâches normalement exécutées par les propriétaires doivent rester non faites), ou tout simplement renoncer à embaucher plus de gens au salaire minimum. En somme, que le salaire minimum soit fixé de façon arbitraire par l’état ou par le jeu de l’offre et la demande sur le libre marché, l’employeur, en tant qu’entrepreneur et opérateur d’une entreprise, ne peut pas agir comme s’il suffit de changer la rémunération et le tour est joué.

Les interventions du gouvernement ont des conséquences. Simplement déclarer que les entreprises n’ont qu’à augmenter leurs prix démontre à quel point les partisans de cette politique sont déconnectés de la réalité économique de la plupart des gens, et surtout de celle des entreprises. Les prix des biens et services vendus par les entreprises sont fixés par le libre jeu de l’offre et de la demande. Les entreprises, qu’il s’agisse d’une multinationale multimilliardaire ou de votre coiffeur préféré, ne peut pas simplement augmenter ses prix sans que ceci ne se reflète sur la demande pour ses produits et services. Certains clients resteront loyaux malgré les augmentations périodiques, mais il y a toujours une limite. Les clients examineront leurs options et pourraient être tentés d’aller voir chez les concurrents du commerçant ou fournisseur de service alternatif. En somme, les prix ne sont pas arbitraires, quoique peuvent en penser les bureaucrates, politiciens et intellectuels détachés du marché.

© 2018 Richard Martin. Partage et reproduction à des fins non-commerciaux sont permis et encouragés.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s